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le chateau du docteur Markus

Publié le par Renaud

le chateau du docteur Markus

Une fois de plus j'arrive la veille au soir. Je gare ma voiture aux portes du village. Il me faudra un long moment avant de trouver un endroit suffisamment reculé pour que je puisse y passer la nuit sans être repéré, car comme à chaque fois, ma plaque d'immatriculation ne passera pas inaperçu dans un village de trois cents habitants. Le thermomètre affiche un degré. Je mise beaucoup sur mon nouveau duvet qui je l'espère se montrera à la hauteur de la description prometteuse que m'en a fait le jeune étudiant devenu vendeur d'articles de sport pour un temps. Je verrais bien...
La différence de température entre l'habitacle de la voiture ou ronronne encore le chauffage et l'extérieur est saisissante. Je coupe le moteur, la radio s'éteint suivi de près par l'éclairage du plafonnier. Me voilà dans une quasi obscurité, baigné par un silence oppressant. C'est un sentiment assez étrange, le rapport au monde moderne et à la civilisation ne tenant qu'à ce simple petit tour de clef. Les cliquetis du moteur chaud s'estompent peu à peu. Les bruits de la nuit reprennent leurs concertos. L'odeur du bois brûlé émanant des cheminées environnantes se mélange à celle des feuilles mortes qui jonchent le sol. L'automne a son parfum bien à lui.  Mon aventure commence ici.

Il est sept heure du matin, le café fumant fini de me réveiller totalement. Peu à peu les premières lueurs du jour laissent apparaître les contours du paysage qui m'entoure. Jusque là plongé dans le noir, je n'en avais saisi que ce que mon imaginaire avait bien voulu me transmettre.

Un dernier coup d'oeil sur google maps et deux kilomètres plus tard me voilà garé au pied d'un grand bâtiment d'où je peux apercevoir la sombre silhouette du château à travers les arbres. Oui, aujourd'hui c'est château. Pour peu qu'ils aient été épargnés par "petit con", ils offrent en général de belles perspectives photographiques. Je me réjouis déjà de la visite qui m'attends, quand un véhicule surgit de nul part vient stationner à coté du mien.

 

le chateau du docteur Markus

_Vous ne pouvez pas vous garer ici monsieur.
_Ah je suis désolé, je ne pensais pas que cela gênerai, comme je n'ai pas vu de panneau je me suis dit que...
répondis je feignant l'ignorance.
_Oui je sais mais c'est privé.

Ce sympatique monsieur a beau afficher un large sourire, et avoir l'air totalement désolé et gêné d'avoir à me faire partir, je ne ferais aucune tentative pour le faire changer d'avis, pour la bonne et simple raison que j'ai la mauvaise impression de m'être fait attrapé comme un enfant, les doigts dans le pot de confiture et de malgré tout, nier l'évidence. Au fur et à mesure que je débite mes salades et que j'abuse lamentablement de la naiveté de cet homme, je ne peux m'empêcher de penser :
_"Il va finir par comprendre ce que je suis venu faire ici, surtout que mon sac photo posé à mes pieds est absolument inratable". Et pour me plonger un peu plus dans l'embarras, il ajoute :
_En plus en ce moment on est pas mal dérangé par des gens ...
Je dois bien avouer que la tentation est grande de lui poser quelques questions concernant cette dernière information, mais je feins de ne pas avoir compris et jouant à fond mon rôle de touriste naturaliste,
_Par contre vous ne sauriez pas ou je peux me garer pour faire une petite randonnée ?

Aimable jusqu'au bout, il m'indique un endroit ou d'après lui ma voiture ne gênera personne. Décidément tellement serviable, que je suis à deux doigts de lui demander si par le plus grand des hasards il n'aurait pas les clefs du château en sa possession.


Me voilà désormais à un peu plus de trois cents mètres du château. Il me suffit de franchir une barrière qui sépare l'immense parc et le champ d'un voisin et je serai à l'abri des regards. Je m'assois donc sur ce dernier obstacle en tournant volontairement le dos à l'endroit ou je dois me réceptionner de façon à garder un oeil sur la route au cas où. Je passe mon pied droit de l'autre côté et je le pose sur la traverse basse de la barrière sur laquelle je prends impulsion pour basculer mon corps de l'autre côté. Le sol est plat, recouvert de feuilles mortes, comment pouvais-je imaginer qu'une branche morte attendait là, sagement, certainement depuis de longs jours tel un piège qui visiblement m'était destiné ?
Mon pied y atterrit lourdement, et sous l'effet de mon poids, ma cheville se plie au point de former un angle droit. La douleur est instantanée, une décharge électrique vient de foudroyer le bas de ma jambe, suivie d'une chaleur intense. La douleur est si vive que je suis incapable d'émettre le moindre son. Comme si crier était déjà bien au dessus de mes forces.
Quand le doc me demandera plus tard si j'ai entendu craquer, je lui répondrais que non, je n'ai rien entendu. Je l'ai juste ressenti. Sensation de craquement intérieur qui lorsqu'on y repense plus tard, vous redresse les poils. 

Plié  en deux, mon visage posé sur mon avant bras, lui même appuyé sur la barrière. Le souffle court, serrant les dents, j'attends que la douleur se calme un peu. Je reste comme ça pendant cinq bonnes minutes avant de reprendre mes esprits. Par expérience je sais que j'ai quelques heures avant que la douleur ne revienne. Tant que c'est chaud, je suis à peu près tranquille. Je resserre un peu plus ma chaussure et reprends le cours de ma marche.

le chateau du docteur Markus

Je vous passe les détails référant à mon entrée dans le chateau, mais en gros, comme à mon habitude, je me précipite sur la première entrée que je trouve.... souvent au péril de danger ou de galère sans fin, pour au final me rendre compte une fois à l'intérieur qu'une entrée ne présentant pas la moindre difficulté se trouve à quelques mètres. 

le chateau du docteur Markus

Les premières minutes d'une exploration, sont celles que je préfère. Les premiers pas, transpirant, essoufflé et couvert de poussière. L'odeur, propre à ses lieux, et bien évidemment, le silence. Le chant des oiseaux, le croissement des corbeaux, même le clocher du village s'est tu une fois la porte passée.  J'aime cette sensation du "devoir accompli" en entrant dans un spot, soulagé d'avoir trouvé l'entrée et de n'avoir plus qu'à me concentrer sur mes photos. Me sentir privilégié. A l'instar des archéologues face à une découverte majeure, je peux moi aussi en toute modestie et avec un peu d'imagination...me réjouir de ce sentiment. Ce sentiment d'avoir une pseudo exclusivité sur l'endroit. Exclusivité qui n'existe que dans ma tête hein... Beaucoup sont passés avant moi.

Du sol au plafond, le moindre centimètre carré est exploité. Boiserie sculptée, carrelage, cheminée intacte, sans oublier une magnifique fontaine. Un piano au beau milieu d'une verrière bref, un lieu préservé. Toutes les pièce sont vides, à l'exception d'une petite partie qui visiblement servait de cabinet médical. Un bureau qui devait servir également de salle de consultation, ainsi qu'un tout petit local, sorte de mini laboratoire. Quelques flacons, des vielles seringues. Si seulement je pouvais m'injecter un produit miracle, histoire de rétablir ma cheville et repartir sur mes deux guibolles...


Au moment ou je m'apprête à monter à l'étage, j'entends une porte claquer. Mince c'était trop beau, comme si une cheville explosée ne suffisait pas. En l'espace d'une seconde je passe en mode "gamberge"... J'ai beau le savoir, ce sont dans ses moments là ou le sang froid et le calme doivent être mes alliés. Mais l'adrénaline finit toujours par être la plus forte. Elle impose une série de questions et ne laisse guerre de place aux réponses. Qui, quoi, comment ? J'attends plusieurs minutes sans bouger, personne n'est entré dans le chateau, mais le claquement de porte est pourtant bien réel. En fait j'ai tout simplement oublié de refermer une des portes par la quelle je suis arrivé. En temps normale je serrais retourné la fermer, mais dans mon état, j'avoue que je n'en ai pas le courage. Du coup je me remets à penser à ce gentil monsieur qui m'a abordé sur le parking. Si l'envie lui prenait de venir faire un petit tour d'inspection... et qu'il venait à entendre cette porte claquée, me voilà fait comme un rat... surtout qu'il m'est absolument impossible de courir.

le chateau du docteur Markus

C'est dans cet esprit que je vais effectuer la suite de ma visite. Stress, et inquiétude m'accompagneront jusqu'a la fin.
Mais pour moi cette aventure durera encore de longues heures. Outre le retour jusqu'à la voiture sur un long dévers de plus de trois cents mètres, je vais devoir effectuer les quatres cents kilomètres qui me séparent encore de la maison. Heureusement qu'il ne s'agit que de ma cheville gauche qui ne me sert qu'à embrayer. Une fois sur l'autoroute et grâce aux trois Doliprane que j'avale, le retour se passe plutôt bien... Mon calvaire commencera une fois arrivé aux urgences le lendemain. Sur place à neuve heure du matin je n'en sortirai qu'a dix neuf heure.
Verdict : deux ligaments arrachés sur trois.
 

le chateau du docteur Markus
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Commenter cet article

Serendipity 21/07/2017 14:53

Photos et récit très sympas ! Le lieu est impressionnant ...

Mos 24/12/2016 16:44

Très beau reportage, avec un récit qui prend aux tripes ! Et tes photos sont magnifiques !
J'espere que ta cheville va se rétablir rapidement en tout cas merci d'avoir partager ton expérience !
Serait-il possible d'avoir le nom du village où se trouve ce château ?
Merci d'avance, bon rétablissement et bonne continuation

B. O. 17/12/2016 20:29

Une histoire incroyable, à la limite de la légalité.
Mais des photos incroyables.
Bon rétablissement

Tsx 14/12/2016 11:45

Superbe spot, va vraiment falloir que je me motive à y aller.

Richard 12/12/2016 20:20

C'est en écoutant Nick Cave que je te lis aujourd'hui Renaud. Un son propice aux ambiances que tu poursuis. Des balades chevaleresques d'où tu crois voir surgir de l'ombre le cavalier sans tête. Des chansons lancinantes à l'ambiance à nul autre pareil. En accord avec les lieux que tu éternises.
Avec Nick Cave dans les oreilles, les tours et détours dans les cours et coursives du château prennent des allures de chemin vers l'enfer. Dommage tu n'entendrais pas alors la porte qui claque, le vent dans les couloirs désertés, le fantôme du propriétaire des lieux venant te demander de payer un droit à l'image pour son âme qui erre en peine... La part d'adrénaline que tu recherches inconsciemment ou pas est indissociable du moment. Un bon reportage ne serait pas ce qu'il est sans petit con, Jeffrey, un gardien naïf, deux flics plus ou moins malins... Toutes ces rencontres plus ou moins voulues, tous ces événements impromptus. C'est le prix à payer pour l'aventure. Même celle-ci te présente la facture. Tout se mérite. Et tu le mérites.

RORO, GREG, MARCO, GEGE. 11/12/2016 17:10

Je me suis laissé embarqué dans ton histoire et je vient de capter aujourd'hui le pourquoi des photos que tu fais. Il y en a une qui m'a fait une bien étrange sensation.
Bise mon ami...

arivi 11/12/2016 13:10

Super reportage, débutant ou non, c'est génial! merci